Musica Reservata I

Textes sur des compositeurs rares du "premier" 20ème siècle

(Busoni / Enesco / Bridge / Mompou / Szymanowski / Villa-Lobos /
Sorabji / Revueltas / Schulhoff / Ullmann / Schreker / Koechlin)

[en construction!]

 La musique au 20ème siècle apparaît désormais comme une incroyable apothéose, un delta prodigieux de styles et de génies sans exemple dans la courte histoire de la musique occidentale. Après un tel sommet certains craignent pour le 21ème siècle une cruelle décadence et l'on pourrait s'amuser à départager les pessimistes et les optimistes rien que sur cette question! Mais aux côtés des grands noms incontestables de la première moitié du siècle (Debussy, Schoenberg, Stravinsky, Scriabine, Ravel, Bartok, Berg, Schostakovitch, Varese et Webern) de nombreux génies parfaitement comparables restent obstinément dans l'ombre de la mémoire collective. C'est à eux que Musica Reservata est dédiée (Le choix de ces compositeurs n'est nullement limitatif, c'est une première étape !). C.S.

sur le "second" 20ème siècle Musica Reservata II

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 Ferruccio Busoni (1866-1924)

Avant toute chose, Busoni est d'abord l'auteur d'un des plus géniaux opéras du 20ème siècle, "Doctor Faust". L'existence de cette partition est un véritable miracle, et Busoni y a donné littéralement toutes ses forces et jusqu'à sa vie puisqu'il mourut à la tâche. Et l'opéra est effectivement légèrement inachevé. J'aborderai ce point plus loin.

Pour arriver à un tel niveau, Busoni s'est perpétuellement remis en cause, réévaluant sans cesse ses oeuvres impitoyablement sans jamais se satisfaire des premiers résultats. "Doctor Faust" est aussi le résultat d'une mosaïque unique, car il est principalement constitué d'une majorité des diverses pièces écrites dans les 15 dernières années de sa vie!

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à suivre

Copyright 2006 Christophe Sirodeau

 Georges Enesco (1881-1955)

 Kaikhosru Shapurji Sorabji (1892-1988)

Dans l'attente d'un texte en francais, on peut se renseigner sur le site officiel des Archives Sorabji (in English)

 Silvestre Revueltas (1899-1940)
Karol Szymanowski (1882-1937)  Federico Mompou (1893-1987)

 Frank Bridge (1879-1941) 

L'un des plus extraordinaire compositeur anglais, au parcours étonnant et courageux, visage plein d'humour, (type Peter Sellars dans la Panthère Rose) Également instrumentiste et chef d'orchestre comme Enesco, Busoni ou Villa-Lobos, son chemin musical le mène du style Fauré/Brahms des débuts - très charmant mais assez traditionnel - vers un langage proche du Schoenberg expressioniste dans son 4ème Quatuor de 1937 sans qu'il soit pour autant un adepte de l'écriture dodécaphonique. Entretemps, Debussy et Scriabine ont joué un rôle capital pour faire évoluer son style. Les évenements extérieurs comme la 1ère guerre mondiale ont sûrement eu leur importance aussi. Il est un pacifiste convaincu (comme Busoni) - fait remarquable car la clairvoyance politique et sociétale est assez rare chez les musiciens, Bartok en est un autre rare exemple - et la mort de certains de ses amis au front le plonge aussi dans un grand désarroi. Il se réfugie alors dans une bulle, composant une musique élégiaque semblant aux antipodes de l'atmosphère du moment (ses oeuvres reflétant ses révoltes ne viendront qu'après 1918): comme par exemple la géniale Sonate pour violoncelle et piano, écrite en deux temps, d'abord le premier mouvement en 1914, puis un second (et dernier) en 1917 pour ce qui devait être un de ses plus grands succès (mais aussi l'une de ses dernières oeuvres à ne pas susciter de polémique). Une pièce où triomphe dans le premier mouvement l'atmosphère pastorale typique des britanniques. C'est dans cette oeuvre qu'il amorce son basculement vers une nouvelle recherche esthétique, plus spécialement dans le second mouvement où l'utilisation très raffinée en autres des quartes scriabiniennes vient rehausser l'atmosphère "décadente" et passionnée. Le retour en coda d'élément du premier mouvement (une idée à priori franckiste) permet ici une autre relation au temps, par ailleurs un des aspect les plus réussis de cette merveilleuse Sonate avec ses nombreuses suspensions cadentielles créant en plus une valeur spécifique et nouvelle au timbre dans la durée (un aspect venant bien sûr de Debussy). Avoir réussi un pareil tour de force de construction avec un matériau somme toute assez hétérogène ne pouvait que promettre le meilleur pour l'avenir du compositeur.

En effet la Sonate pour piano (1921-24) est une nouvelle étape et un vrai chef-d'oeuvre. Le langage quitte progressivement la syntaxe tonale traditionelle et abandonne les "signatures" tonales en tête de la partition, bien que l'harmonie - très raffinée - ne soit pas tellement plus audacieuse que celle de la Sonate de Berg de 1908 restée elle en apparence dans les limites de la tonalité de si mineur. Bridge appronfondit ici les constructions de quartes et quintes et bien sûr aussi les accords de neuvièmes tout comme une écriture très contrapunctique tout autant que dramaturgique. Mais si Bridge revendique avec cette oeuvre un pas décisif vers une modernité, le contenu émotionnel de cette partition (un tombeau pour un ami tué à la guerre, et un cri de révolte), au-delà d'une apparence expressioniste, reste très proche du post-romantisme qui est aussi celui de la Sonate de Berg, cette dernière étant beaucoup plus un crépuscule que l'aurore apercue par certains (pour reprendre la métaphore de Debussy à propos de Wagner). Et c'est là que va commencer pour Bridge un malentendu lamentable avec ces contemporains, particulièrement britaniques. La plupart de ces derniers - très conservateurs - réagirent très mal à l'évolution de celui qu'ils considéraient comme leur représentant naturel tandis que les rares avant-gardistes comme Sorabji réagirent avec méfiance et sarcasmes. Il aurait donc fallu que son oeuvre puisse atteindre le continent mais ce ne fut pas choses facile. Grâce à sa mécène Elizabeth Sprague Coolidge (également commanditaire d'oeuvres de Schoenberg parmi beaucoup d'autres), il parvint à un certain succès aux USA. Il reste néanmoins toujours "boudé" par de nombreux britanniques, et certaines de ses oeuvres importantes restent actuellement toujours inaccessibles en enregistrement ce qui est proprement incroyable. Comme quoi le mépris du patrimoine n'est pas qu'une spécificité francaise.

Le chef-d'oeuvre suivant est sans conteste Oration (1930) sorte de Concerto pour violoncelle et orchestre, là aussi lié à sa révolte pacifiste. On peut y entendre au début une prémonition troublante de "Tout un monde lointain" de Dutilleux. Si l'oeuvre équivalente pour piano et orchestre, Phantasm, parait plus décevante (des sections de cauchemards censées attaquer le style Holst quelque peu mussolinien finissent par trop s'identiifer à la "source"), un autre exploit de musique de chambre se trouve dans le grand Trio de 1929, très mystérieux, mais dont les motifs s'incrustent dans le souvenir de facon obsessionelle, avec des strates de plus en plus profondes se révélant à chaque nouvelle écoute.

. La tardive Sonate pour violon et piano, très concise contrairement au Trio, laisse moins convaincu, semblant retourner vers un quasi post-romantisme, mais certaines sections proposent des combinaisons de timbres entre les 2 instruments très étranges et magiques.

Une réussite absolue est la petite pièce pour orchestre de 10 minutes "There is a Willow Grows aslant a Brook" [il y a un saule couché en travers d'un ruisseau](1927), lamentation funèbre sur l'Ophélie de Shakespeare.

Dans les dernières années Bridge continuellement attaqué de toute part, semble décider à faire un pas esthétique encore plus radical vers une plus grande spécificité esthétique et une ambitieuse recherche dans son 4ème quatuor qui est sûrement ce qui le rapproche le plus de la seconde Ecole de Vienne des années expressioniste autour de la première guerre mondiale. On ne saura jamais comment il aurait pu appronfondir ce tournant car il meurt (dans son sommeil!) au tout début de 1941 laissant 2 dernières pièces pour orchestres énigmatiques, "Rebus" et un Allegro pour orchestre à cordes inachevé. Enigmatique en effet par le retour en arrière vers une esthètique beaucoup plus consensuelle même s'il s'agit de très jolies pièces. En définitive Bridge est le curieux exemple d'un compositeur qui se considérait et que l'on a considéré comme beaucoup plus moderniste qu'il ne l'était réellement. Un peu l'inverse d'un Enesco qui se voulait très conservateur, mais qui en réalité a produit des oeuvres à la fois très prophétiques de la musique à venir de la seconde moitié du 20ème siècle, et d'une originalité jamais démentie.

 

(Je reviendrai plus en détail dans quelques temps sur ces superbes partitions de la maturité de Bridge. Il y a évidemment plus à en dire que ce simple survol.)

Copyright 2006 Christophe Sirodeau

 Heitor Villa-Lobos (1887-1959)

Voilà l'exemple incroyable, et à ma connaissance sans doute unique d'un compositeur qui a trouvé son génie et son langage...par opportunisme !! On ne peut le regretter tant les résultats sont étonnants, et après tout "qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse"!

En effet dans la perspective de faire un grand voyage à Paris, dans les années 20, Villa-Lobos, remarquable analyste et stratège, estime qu'il ne peut conquérir la capitale du monde musical d'alors que sur le terrain du modernisme stravinskien, et dans la mise en valeur de ses origines brésiliennes. Il va alors composer quelques partitions mémorables dans un style mélant une invention rythmique déchaînée avec un certain nombre d'apport de la musique populaire bien que restant tout à fait stylisée, et alternant avec un certain sentimentalisme "à l'américaine", anticipant sur les musiques des grands espaces de type hollywoodien bien plus tardif. On trouvera dans cette veine la plupart des Choros et des Bachianas Brasileiras. Effectivement Paris capitulera sans condition devant le "sauvage" brésilien, qui prit soin en outre de s'entourer d'une légende indue d'explorateur de l'Amazone et de héros.

Mais comme toute folie parisienne de la mode, le temps de Villa-lobos prit fin avec la seconde guerre mondiale. Tout celà lui permit au moins (but final de la "maneuvre"?) d'être considéré comme le premier au Brésil et de bénéficier d'une carrière officiel "luxueuse"

Reste une oeuvre proteiforme, presque monstrueuse par sa quantité, capable du meilleur comme du pire. Avant même ce fameux virage stylistique mûrement réfléchi, Villa-Lobos a beaucoup écrit, dans un style assez post-romantique, mais avec déjà tout de même un penchant pour les étrangetés et un très grand talent. C'est le cas par exemple des sonates pour violon et piano. Mais on y trouve encore des imprécisions et un certain flou dans la construction que Villa-Lobos va peu à peu éradiquer de ses oeuvres en grand professionnel, quelque que soient les qualités esthétiques de ses partitions, et celà dès qu'il aura enfin accès à tout les répertoire moderne d'avant la première guerre mondiale.

Une de ses plus grande réussites est sûrement le Choros 11, l'une des oeuvres pour piano et orchestre les plus longues de l'histoire, avec le 3ème concerto de Skalkottas (et en considérant bien sûr Sorabji comme "hors catégorie" dans le domaine de la longueur !). Pourtant, on ne s'ennuie pas une seconde dans cette oeuvre épique en 3 mouvements... enchaînés, et ce n'est pas le moindre de ses tours de force. Toute l'originalité de la partition tient certainement dans le mélange des différents apports stylistiques.

 

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à suivre

 

 

Copyright 2006 Christophe Sirodeau

 Erwin Schulhoff (1894-1942)

 Viktor Ullmann (1898-1944)

 Franz Schreker (1878-1934)

 Charles Koechlin (1867-1950)